17 Fvrier 2012 07:05:07 *
Bienvenue, Invité. Veuillez vous connecter ou vous inscrire.
Avez-vous perdu votre courriel d'activation?

Connexion avec identifiant, mot de passe et durée de la session
Nouvelles: Le site et le forum sont de nouveau disponibles depuis le 14 août.
 
   Accueil   Aide Rechercher Identifiez-vous Inscrivez-vous  
Pages: [1]
  Imprimer  
Auteur Fil de discussion: MANQUE D'HYGIENE, SOURCE DE SOUFFANCE POUR LES SANS-ABRI (Le Monde, 02/01/2010)  (Lu 147 fois)
piklea
équipe
Dépendant
*
Messages: 3528


M1 (bis) - Administrateur Psychomirail


Voir le profil
« le: 04 Janvier 2010 12:17:42 »

Article tiré du Monde, 02/01/2010
LE MANQUE D'HYGIENE, SOURCE DE SOUFFRANCE POUR LES SANS-ABRI

Citation
"Les personnes qui vivent dans la rue laissent leur corps dans un tel état d'abandon… La prise en charge médicale est très importante." Brigitte Lucas est responsable de l'accueil de jour au siège du SAMU social (Paris 12e). Selon elle, l'endroit se veut "un lieu d'accompagnement, un lien entre le no man's land de la rue et le monde institutionnel, qui est très difficile d'accès pour les SDF ". L'accueil est anonyme, une centaine de personnes, dont environ 10 % de femmes, passent chaque jour au centre. Un médecin, deux infirmières, deux aides-soignantes ainsi qu'une psychologue-alcoologue sont à leur disposition.
 
Après plus de dix ans d'expérience auprès des sans-abri, le Dr Daniel Wiels continue ainsi à les recevoir. Selon lui, leur principal ennemi, ce n'est ni le froid ni une mauvaise alimentation, mais le manque d'hygiène qui engendre de nombreuses maladies. "Les puces, les poux ou encore la gale infectent les vêtements ou les matelas et s'auto-entretiennent, explique le Dr. Wiels. Ces problèmes dermatologiques sont encore plus fréquents en été qu'en hiver. Ils multiplient les risques de surinfection."

"DÉPARASITAGES"

Le personnel effectue donc régulièrement des "déparasitages", à savoir une douche, une désinfection complète à la Bétadine, un shampoing contre les poux et un traitement contre la gale. Quand il ne sert plus à rien de les laver, les vêtements sont jetés. Manteaux, pulls, pantalons et autres vêtements de rechange s'entassent dans une pièce exiguë près des douches. "L'habit le plus rare, ce sont les chaussures, explique Brigitte Lucas. Leurs paires sont souvent trop usées ou parfois ils se les font voler : leurs pieds sont très exposés."

L'équipe soignante traite aussi de nombreux cas de traumatologie et de rhumatologie. "Ceux qui vivent dans la rue marchent douze heures sur vingt-quatre, restent debout, transportent toutes leurs affaires… Au fil des ans, ça abîme les genoux, les bras et la colonne vertébrale", détaille le médecin.

Depuis quinze ans, Laurent vient presque tous les jours au centre d'accueil du SAMU social. Il se présente aujourd'hui avec un œil au beurre noir. "Ici, je consulte souvent le médecin pour des bricoles. C'est direct et j'attends pas. Mais quand j'ai un gros problème, je vais à l'hôpital." Pour le Dr Wiels, tous les sans-logis ne se préoccupent pas de leur santé. "En quelque sorte, ici je reçois 'l'élite', observe-t-il. Ils s'occupent de leur santé, savent s'administrer des médicaments et ils viennent consulter spontanément sur un point précis, comme n'importe qui va voir son médecin."

"LES CHAUSSETTES INCRUSTÉES DANS LA PEAU"

Ceux qui ne se vont pas se faire soigner d'eux-mêmes, il faut aller les chercher dans la rue. C'est ce que fait l'Ordre de Malte depuis dix ans grâce à des maraudes médicalisés. Il s'agit d'un "véritable cabinet médical ambulant", comme se plaît à l'appeler le Dr Guy Lessieux, l'un des instigateurs du projet. En partenariat avec les centres d'appel du SAMU social (le 115 à Paris), les bénévoles de l'association sillonnent le département des Hauts-de-Seine, et ce chaque soir lorsque le plan grand froid est enclenché.

En cette nuit froide de décembre, un médecin, une infirmière, une aide-soignante, un assistant et un chauffeur composent l'équipe. Leur première intervention de la soirée, c'est un bain de pieds. Les bénévoles sont allés chercher Gérard dans une station de métro. Il connaît bien l'Ordre de Malte et accepte de monter dans l'ambulance.

"Je marche beaucoup, j'ai les mollets durs comme de la pierre", confesse Gérard, qui se lave rarement car il refuse d'aller aux bains municipaux. Les bénévoles lui lavent les pieds et les mollets, enlèvent les peaux mortes, lui appliquent de la vaseline pour limiter le dessèchement de la peau et changent ses chaussettes. "Quand on s'est occupé de Gérard pour la première fois, il avait des selles séchées collées à la jambe avec des vers qui en sortaient, se souvient le Dr Danielle Dolet-Ferraton. Ses chaussettes étaient incrustées dans la peau, on les lui a arrachées avec une pince à épiler."

"DES CAPACITÉS DE RÉSISTANCE HORS DU COMMUN"

Selon le rapport annuel de l'Ordre de Malte, les soins dermatologiques représentent un sixième des interventions. Un quart d'entre elles sont consacrées aux troubles neurologiques et psychiatriques. Viennent ensuite la pneumologie, la traumatologie ou encore la rhumatologie. Quelquefois, il s'agit aussi d'orienter les SDF vers des professionnels spécialisés en les incitant à consulter au plus vite. C'est ce que l'équipe fait avec Bruno, qui se plaint d'un problème à la rétine, et avec Christian, chez qui le docteur détecte un épanchement au genou. Ce dernier affirme avoir rendez-vous avec un chirurgien en mars. En attendant, le médecin lui donne des anti-inflammatoires. "Si ç'avait été dans mon cabinet, je lui aurai aussi prescrit une atèle au genou. Mais bon, faut pas rêver, on fait avec nos moyens..." commente le Dr Dolet-Ferraton.

Après de nombreuses années de maraudes, Anne Binet, la pharmacienne du groupe, est toujours admirative des personnes dont elle s'occupe : "Ils développent des capacités de résistance hors du commun." Comme, par exemple, celui que l'équipe surnomme "Miaou". Amputé des deux jambes, il a aussi subi une trachéotomie. Cela fait plus de cinq ans qu'il survit, sur un fauteuil roulant, dans un sous-sol du quartier d'affaires du quartier de la Défense. Les bénévoles savent où le trouver et le désinfectent quand nécessaire. Ce soir, il n'a besoin que d'une soupe.

"BON COURAGE"

L'ambulance poursuit sa route. Sous un arrêt de bus à Asnières, Jean-Claude, 64 ans, est assis à côté d'une grosse valise qui contient l'ensemble de ses affaires. Il souffre d'ulcères aux jambes mais s'est déjà fait soigner à l'hôpital Beaujon à Clichy. "Quand j'ai trop mal, je préfère aller à l'hôpital plutôt que ça se dégrade. Ils m'ont soigné et je vais en centre de soins tous les deux jours pour de la pommade."

Jean-Claude refuse systématiquement de dormir en foyer, il n'accepte que les chambres d'hôtel. Ce soir, aucune n'est disponible, il préfère rester dehors. "Je mentirais si je disais que j'ai pas froid, raconte-t-il. Je gèle et je me lève toutes les cinq minutes pour pisser. Ça arrive même parfois que je me réveille le pantalon trempé..." . Un souci récurrent pour ceux qui dorment dehors. "On a constamment envie d'uriner quand il gèle, car l'hormone anti-diurétique est inhibée par le froid", explique le Dr Dolet-Ferraton. Après un quart d'heure de discussion, Jean-Claude salue l'équipe : "Merci pour ce que vous faîtes et bon courage", lance-t-il aux bénévoles, sur le départ.

Selon une étude menée cette année par plusieurs associations auprès des sans-abri, 58 % des SDF souhaiteraient davantage de lieux d'hygiène. La demande de soin est, elle aussi, pregnante : 48 % des personnes interrogées attendent que les équipes mobiles leur proposent une offre de soin et 41 % estiment que le système de santé est difficile d'accès. Cette **étude conclut surtout que 79 % des sans-abri sont en quête de réconfort, physique et moral. Or, selon le Dr Wiels du SAMU social, un minimum d'hygiène est la première étape indispensable pour leur socialisation : "En les soignant, on leur redonne figure humaine. Un SDF qui n'a pas l'air d'un SDF, ce n'est déjà plus un SDF."

** ETUDE
Article tiré du Monde, 18/12/2009
LES SDF RECLAMENT SURTOUT UN SOUTIEN MORAL

Citation
Plus qu'un hébergement, les sans-abri réclament du réconfort physique ou moral. C'est ce qui ressort d'une consultation effectuée auprès de ce public par six associations.

Pour la première fois, les équipes de maraude de la Croix-Rouge, du Samu social de Paris, des Restos du coeur, de la Fondation Armée du Salut et de l'Ordre de Malte, aidées par le collectif des Morts de la rue, ont interrogé les sans-abri sur leurs attentes.
 
Malgré la faiblesse du panel - 255 avis exploitables recueillis dans 30 départements différents -, les résultats de cette étude, dévoilée en septembre, confortent l'idée souvent défendue par les acteurs de terrain de l'inadaptation des dispositifs de premier accueil pour une partie des personnes à la rue.

52 % des SDF dénoncent ainsi le manque d'intimité des centres d'hébergement d'urgence, 46 % regrettent qu'ils soient peu propices au repos et 38 % critiquent leur hygiène et le manque de sécurité.

Au-delà de l'hébergement, 58 % des SDF souhaiteraient plus de lieux d'hygiène. La moitié plébiscitent aussi des espaces d'aide à leurs démarches administratives. Les sans-abri souhaiteraient par ailleurs que les divers services qui leur sont destinés (hébergement, orientation, santé...) soient regroupés en un lieu unique.

L'étude a aussi permis de comparer les attentes des sans-abri et les objectifs des équipes mobiles. Si globalement les missions que se fixent les caritatifs (apporter du réconfort, satisfaire les besoins matériels) répondent aux attentes exprimées par les personnes à la rue, un examen plus approfondi des résultats met en lumière des divergences réelles.

Les bénéficiaires recherchent comparativement plus de soins que ce que les associations leur proposent. 48 % des personnes interrogées attendent ainsi que les équipes mobiles leur proposent une offre de soin, et 41 % trouvent difficile d'accéder au système de santé.

La recherche de réconfort autant physique et moral est énoncée par 79 % des SDF. Ce résultat traduit l'isolement très fort dont souffrent les sans-domicile fixe.

Le sentiment de rejet de la société est ainsi souvent vécu plus douloureusement que les inconvénients matériels de la vie à la rue.
Journalisée

« L'analyse est un remède contre l’ignorance mais elle est sans effet contre la connerie...» (Lacan)
« L’homme descend pas du singe, il descend plutôt du mouton...» (Saez)
« A tout moment la rue sait aussi dire non...» (Eiffel)
Pages: [1]
  Imprimer  
 
Aller à:  

Propulsé par MySQL Propulsé par PHP Powered by SMF 1.1.11 | SMF © 2006-2009, Simple Machines LLC XHTML 1.0 Transitionnel valide ! CSS valide !