La vérité pose problème en psychologie. Quelle vérité ? Y aurait-il une vérité objective ou celle du sujet ?
Autre angle : ce qui dit le sujet est-il vrai car en accord avec un standard objectif partageable ou est-il vrai puisque le sujet énonce ce qui relève de sa vérité.
Les tenants de la vérité objective s'efforcent d'établir des procédures par lesquelles on pourrait s'assurer qu'un témoin dise bien le vrai. Cela a un champ d'application : le statut des témoignages dans le champ judiciaire.
La procédure parait bien sur peu satisfaisante aux yeux des psycho objectivistes puisqu'elle met en jeu un interviewer et un interviewé. Les biais identifiés sont si nombreux...
La tentation est alors forte de se tourner vers une machine qui atteste du fait que le sujet mente ou non. Le polygraphe (détecteur de mensonge) est largement utilisé... au moins dans les fims américains. Problème : il est peu fiable. Autre tentative : l'IRMf et la localisation d'une zone du mensonge. Piste prometteuse ou illusion ?
Vous le saurez en lisant l'article ci-dessous extrait de la revue en ligne le cercle-psy.
Neuro-détecteurs de mensonges : médiocres résultats
Delphine Oudiette
Article publié le 04/11/2009
Juges et policiers ont souvent rêvé d’une méthode fiable pour distinguer le vrai du faux dans le témoignage d’un suspect. Le polygraphe (le bon vieux détecteur de mensonge) n’a pas tenu ses promesses. Récemment, plusieurs chercheurs ont espéré trouver une signature neuronale du mensonge en comparant l’activité cérébrale de volontaires, grâce à la technique d’imagerie cérébrale fonctionnelle (IRMf). La plupart de ces travaux reposent sur une moyenne des activités cérébrales du groupe de participants. George Monteleone et ses collègues ont repris les données d’une de ces études, mais en s’intéressant cette fois aux individus isolés plutôt qu’au groupe dans son ensemble. Dans cette recherche de 2005 portant sur 14 sujets, chaque participant devait tantôt mentir, tantôt dire la vérité sur des cartes en sa possession, tandis que son cerveau était scanné. L’équipe de Montoleone a voulu vérifier si les « aires du mensonge » identifiées au niveau du groupe l’étaient également chez chaque individu. Parmi les 16 régions activées lors du mensonge au niveau du groupe, une seule semblait importante au niveau individuel : 71% des participants activaient en effet leur cortex préfrontal médian (CPFm) lorsqu’ils mentaient. Cette association, si elle n’est pas explicable par le simple fait du hasard, est loin d’être parfaite. Conclusion : ces résultats en IRMf ne sont pas meilleurs que ceux obtenus avec le polygraphe ! En effet, si l’on baisse le seuil pour déterminer qu’une activité du CPFm est significative, on augmente également le nombre de faux positifs, c'est-à-dire de sujets reconnus menteurs alors qu’ils sont en réalité honnêtes. Si la justice utilisait ce test comme preuve scientifique, elle pourrait donc envoyer des innocents en prison… Autre problème de taille : tout comme le polygraphe, l’IRMf n’est pas spécifique. C’est-à-dire que de même que l’on peut transpirer ou avoir une accélération de notre rythme cardiaque pour d’autres raisons qu’un mensonge, le CPFm peut également s’activer dans d’autres conditions, incluant la conscience de soi ou l’interprétation des comportements d’autrui. Si le participant se concentre sur une autre tâche au moment de répondre à une question (par exemple, un calcul complexe), il est alors fort probable que l’image de l’activité cérébrale obtenue ne reflète pas les aires du mensonge, mais bien celles nécessaires à la réalisation de ladite tâche ! Ainsi, l’imagerie fonctionnelle n’apparaît pas comme l’outil idéal pour détecter les menteurs, qui ont encore de beaux jours devant eux.
Source : G.T. Monteleone, K.L. Phan, H.C. Nusbaum, D. Fitzgerald, JS. Irick, S.E. Fienberg & J.T. Cacioppo (2009). Detection of deception using fMRI : better than chance, but well below perfection. Social Neuroscience 4 (6)