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M1 (bis) - Administrateur Psychomirail
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« Répondre #6 le: 16 Dcembre 2008 06:35:59 » |
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Un article un peu plus explicatif sur l'abandon des enfants au Nebraska où la la réforme a été votée par le parlement de l'Etat en session extraordinaire par 43 voix contre 5
Au pays des enfants perdus par Coralie GARANDEAU, Omaha (Nebraska) Le Journal du Dimanche Trente-cinq abandons, d'adolescents pour la plupart, en deux mois: au Nebraska, la loi, dite "refuge", qui autorisait les parents à confier leur enfant aux soins d'un hôpital public sans être poursuivis, a été révisée à la hâte.
Lavennia Coover raconte son calvaire de mère devant le Sénat du Nebraska. (AP)
Le 24 septembre dernier, Lavennia Coover arrête sa voiture devant le grand bâtiment de l'hôpital Immanuel d'Omaha et se rend, accompagnée de son fils Skylar, 11 ans, au service des urgences. Là, elle annonce aux employés de garde qu'elle va leur laisser l'adolescent; puis s'effondre en larmes dans la salle de consultations. Lavennia ne supporte plus son fils. Un fils qu'elle décrit comme étant sujet à de fréquentes et parfois violentes explosions de colère et dont elle ne parvient plus à assumer la charge.
Employée d'école maternelle vivant à Decatur, petite ville située au nord du Nebraska, cette femme de 36 ans, divorcée et mère de trois enfants, est au bout du rouleau. Elle a épuisé toutes ses ressources, financières et psychiques. Deux de ses rejetons souffrent de psychose maniaco-dépressive: sa fille aînée et Skylar. Ce dernier sort de trois ans de soins psychiatriques inefficaces et hors de prix, qu'elle ne pouvait plus poursuivre. En septembre, lorsqu'il a refusé de sortir de son lit pour aller à l'école, elle l'a littéralement poussé dehors; puis, de guerre lasse, s'est tout simplement désintéressée du rejeton rétif. Jusqu'au jour du 24 septembre où, voyant son fils toujours plus agressif, jetant de la nourriture aux quatre coins de la maison, Lavennia l'invite "à faire un tour à Omaha". Direction l'hôpital Immanuel. "Quand il a compris, il m'a dit: 'Je te promets que je vais me tenir! Je te promets: j'irai à l'école !' Je lui ai répondu: 'Tu as besoin d'une aide que je ne peux pas t'apporter'", se souvient-elle.
Un texte totalement détourné de son but
"Depuis, je pleure toutes les nuits. Quel parent ne se sentirait pas coupable de faire ça?", a confié Lavennia aux sénateurs de l'assemblée du Nebraska qui l'ont auditionnée cette semaine. Elle a ajouté: "Je suis fatiguée d'être étiquetée comme une mauvaise mère par des gens qui n'ont aucune idée de ce à quoi ma vie ressemble." Si Lavennia a ainsi pu raconter son histoire dans l'enceinte solennelle du parlement de l'Etat, c'est à la faveur d'une session exceptionnelle visant à réviser la loi LB 157, dite "loi refuge" (safe haven), celle-là même qui lui a permis d'abandonner son fils en toute légalité. Votée en juillet dernier, cette loi autorise les parents à confier leur enfant aux soins d'un hôpital public sans être poursuivis.
Destiné à l'origine à éviter les abandons de nourrissons, le texte a, dans les faits, été totalement détourné de son but. Faute d'arriver à un accord sur une limite d'âge, le législateur n'en a finalement fixé aucune, laissant le mot "enfant" à l'appréciation des citoyens. Mais ce flou a donné lieu à des conséquences imprévues. En deux mois, jusqu'à mardi dernier, 35 enfants, pour la plupart des adolescents - mais aucun nouveau-né -, ont été déposés par un de leurs parents ou un tuteur légal dans les hôpitaux de la région. Les abandons se sont même intensifiés à l'annonce de la révision de la loi, votée vendredi à l'issue de la session extraordinaire du parlement de l'Etat. Les histoires sont toutes terribles. Ainsi, ce père de famille vivant à Omaha, devenu veuf, a laissé ses neuf enfants âgés de 1 à 17 ans. Une autre mère a déposé sa fille de 15 ans après une dispute en lui disant: "J'en ai fini avec toi!". D'autres ont traversé le pays pour amener leur enfant dans l'Etat devenu celui des "enfants abandonnés": un garçon de 11 ans de Miami, ou une fille de 16 ans d'Arizona, pour les plus éloignés.
"Je serai gentil, je promets, je serai gentil!"
A l'hôpital Immanuel d'Omaha, la principale ville du Nebraska, neuf enfants ont été déposés dans le cadre de la loi. Courtney Anderson, infirmière au service des urgences, les a vus défiler devant elle. "Les parents que j'ai reçus ont tous annoncé leur intention sans hésitation. Certains étaient effondrés, d'autres sont repartis tout de suite. Les enfants les plus âgés étaient eux aussi très affectés, ils pleuraient ou criaient. J'en ai vu un supplier qu'on ne pas le laisse là. Il répétait: 'Je serai gentil, je promets, je serai gentil!' Les plus petits, eux, ne semblaient pas trop réaliser ce qui se passait..." Courtney raconte comment elle a pu en réconforter certains, en prenant soin de "leur faire sentir qu'ils étaient en sécurité", leur apportant une couverture, de la nourriture. "Pour les équipes, en plus du travail habituel des urgences, au niveau émotionnel c'est très perturbant", ajoute-t-elle. Procédure oblige, les infirmiers appellent ensuite la police, à laquelle il revient de trouver une solution d'urgence. Tous les enfants ont été placés dans des familles d'accueil, chez des proches ou dans des foyers.
Les poignants récits d'abandons ont vite déclenché l'indignation de la population. "Quand j'ai entendu parler de ce jeune de 17 ans jeté devant l'hôpital, je me suis sentie tellement honteuse", s'exclame Amanda, étudiante de 19 ans d'Omaha, qui s'empresse d'ajouter: "Je ne suis pas pour l'avortement. Et je comprends qu'il n'y a parfois pas d'autre issue que l'abandon. Mais si des parents n'ont pas la capacité de s'occuper de leurs enfants, alors c'est à la naissance qu'ils devraient les laisser, pas à cet âge!"
Hollywood s'en mêle
De leur côté, législateurs, experts de la protection de l'enfance et travailleurs sociaux reconnaissent que ces abandons ont permis aux familles en difficulté de prendre la parole. "C'est leur toute dernière tentative d'appel à l'aide", estime Pean Allen, directrice d'une association de parents adoptifs de Lincoln, la capitale du Nebraska. L'affaire a brutalement mis en lumière le manque de ressources à disposition de ces familles, aux prises avec des enfants en crise ou souffrant de troubles du comportement. La plupart des 35 enfants abandonnés avaient déjà été suivis par des services de psychiatrie.
Scott Duncan, professeur à l'université de Hastings, dans le sud de l'Etat, s'avoue ainsi désemparé face aux crises de son fils âgé de 16 ans, l'un des six enfants qu'il a adoptés. "Une fois, il a fui. On s'est retrouvés au commissariat. Il criait, il était furieux. Les policiers nous ont dit qu'ils n'avaient aucun point de chute pour lui", raconte-t-il avant d'expliquer: "Personne ne veut abandonner ses enfants: c'est quelque chose d'horrible. On ne cherche pas quelqu'un pour élever nos gosses, on les aime; on veut seulement un lieu où aller pendant les crises." En cause, la mauvaise couverture sociale pour les soins jugés non primordiaux par les assureurs, et des plafonds de ressources trop vite atteints pour bénéficier des aides publiques. En qualité de parent adoptif, Scott bénéficie de l'aide de l'Etat (Medicaid) pour ses enfants, mais il la juge "très insuffisante".
Sous les fresques Art déco du Capitole, siège de l'exécutif et du législatif du Nebraska, la révision de la loi a été votée ce vendredi, abaissant l'âge limite des abandons légaux à trente jours. Il va de trois jours à un an dans les autres Etats américains. Un petit groupe d'élus, inquiets des conséquences de cette révision de la loi sur les familles en détresse, a cependant obtenu la constitution d'un groupe de travail centré sur les besoins des adolescents et des services de santé mentale, qui doit se réunir dès le 2 décembre. Les 35 enfants abandonnés devraient, eux, selon les cas, rester dans leurs familles d'accueil ou entamer une longue procédure de réintégration auprès de leurs parents. Parmi les sénateurs, le soulagement prévaut face à cet épilogue. Le paisible Nebraska n'est pas habitué à faire tant parler de lui. Jusqu'aux scénaristes de Hollywood: les abandons d'adolescents faisaient jeudi soir l'objet d'une réplique dans le dernier épisode de la série Urgences.
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