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Auteur Fil de discussion: Mort et logique financière  (Lu 114 fois)
groliv
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« le: 30 Dcembre 2008 10:20:30 »

Extrait d'un article du Monde qui porte sur la réduction des moyens en personnel à l'hopital (ici). Interviewé, le Professeur Rémy Nizard (service de chirurgie orthopédique et traumatologique de l'hôpital Lariboisière) rapporte une anecdote  : "un responsable financier a demandé au chef d'un service de soins palliatifs comment il comptait améliorer le turnover de ses lits…"

Jusqu'où irons-nous dans cette folle idéologie gestionnaire ? Nous en avons pourtant noté les limites dans la sphère financière mais il semble que cela ne soit pas suffisant. Ce paradigme est tellement ancré dans nos consciences, nous avons tellement mutés... que nous fabriquons des gestionnaires qui en viennent, en toute naïveté, à oser cette suggestion : "si vos patients mourraient plus vite, on améliorerait nos performances".
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"Quand Lacan fait de la cure, parce qu'elle change le rapport du sujet aux objets, à la jouissance, à l'autre et aux autres, une sortie du capitalisme, je ne crois pas qu'il s'agisse d'une formule pour les chiens..."
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« Répondre #1 le: 30 Dcembre 2008 13:48:41 »

Le problème est que l'hôpital est de plus en plus géré comme une entreprise, où profits et rentabilité ont plus d'ampleur que les soins, le terme de patient est même remplacé par celui de client  Indéci
D'ailleurs, on a pu constater ces derniers mois, avec la pénurie de personnel médical hospitalier (à cause du peu d'embauche et du non remplacement du personnel parti à la retraite), le manque ou le peu de temps accordé aux malades et aux familles, le stress, la surcharge de travail notamment administratif.....,  la croissance des erreurs de traitements médicaux et des plaintes judiciaires des familles  Indéci

« Dernière édition: 30 Janvier 2009 13:16:14 par piklea » Journalisée

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« Répondre #2 le: 30 Dcembre 2008 17:46:45 »

Il me semble effectivement qu'il s'agit bien de l'application à l'hôpital des paradigmes de la gestion comptable (ou comptabilité analytique). Entendons-nous bien : ils ne sont pas condamnables en soit... mais comme tout indicateur, il faut se méfier de la fétichisation qui consiste, par exemple, à ne plus regarder que l'indicateur.

On peut imaginer le raisonnement suivant : tout part des sacro-saints indicateurs dits de "file active" (taux de personne prises en charge au moins une fois dans l'année) et de "taux de rotation" (nouveaux patients sur l'année / file active). Le bon gestionnaire se dote d'un bon tableau de bord. Celui-ci lui indique le topN des services où le taux de rotation est le moins bon (en clair, on tri les services en fonction de la valeur de cet indicateur et on ne présente que les n plus mauvais). En effet, le taux de rotation est un indicateur d'efficience d'un service : plus il est élevé, moins les patients restent longtemps, plus c'est rentable (rappelons que la tarification se fait à l'acte maintenant). Le bon gestionnaire interroge donc les mauvais élèves : ceux dont le taux de rotation est faible. Normal, c'est un bon gestionnaire.

Quand il s'agit de diminuer le temps d'hospitalisation dans un service d'orthopédie, on comprend les conséquences : la convalescence se fait de plus en plus chez soi. Pourquoi pas.
Quand il s'agit d'un service d'accompagnement à la fin de vie... la sortie se fait par une autre porte. Oups... y'a un truc qui n'entre pas dans le tableau : LA MORT.
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« Répondre #3 le: 30 Dcembre 2008 20:05:21 »

Ci-joint l'article au complet:

Patients plus nombreux, 35 heures, nouvelles règles de gestion : les conditions de travail à l'hôpital ont changé ces dernières années. Trois professionnels témoignent d'une situation tendue.

Dominique Lahbib, infirmière à l'hôpital Paul-Brousse à Villejuif (Val-de-Marne) : "En trente-sept ans d'exercice, j'ai vu se dégrader les conditions d'accueil et de travail, alors que, dans le même temps, la qualité technique progressait. Concrètement, les infirmières ont beaucoup moins de temps pour parler aux patients, les informer, eux et leurs familles, les rassurer. Les conflits augmentent aussi parce que nous n'avons plus la disponibilité pour expliquer. Qu'une famille porte plainte est normal, elle a besoin de savoir ce qui s'est passé. Nous, on court tout le temps et on finit par zapper les familles.

Cela fait des années que la pénurie de personnel est organisée : moins d'infirmières, d'aides-soignantes, de manipulateurs radio. S'il y avait plus de brancardiers, on n'aurait plus à faire du brancardage. Le problème est le même avec la diminution du personnel administratif, ce qui nous contraint à faire plus de papiers. Les conditions de travail et les responsabilités font fuir les jeunes."

Professeur Rémy Nizard, service de chirurgie orthopédique et traumatologique de l'hôpital Lariboisière (Paris) : "Faute de place, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) refuse chaque année 5 000 à 6 000 victimes de traumatismes, qui sont transférées vers le privé. Cela fait des années que cela dure. J'ai toujours l'impression d'être sur le fil et les choses se sont aggravées.

Nous prenons en charge des problèmes sociaux que d'autres ne veulent pas assumer. Dans ma spécialité, les trois hôpitaux de la zone Nord-Paris accueillent en moyenne 13% de patients en situation précaire; ils ne représentent que 6% dans d'autres hôpitaux de l'AP-HP.

Les 35 heures ont beaucoup désorganisé, mais d'autres facteurs se sont ajoutés, comme le manque d'organisation dans la gestion des lits disponibles. L'accumulation des réformes hospitalières – une tous les trois ou quatre ans – empêche de construire sur la durée et favorise les conflits de pouvoir. Sans oublier les logiques purement financières : un responsable financier a demandé au chef d'un service de soins palliatifs comment il comptait améliorer le turnover de ses lits… Il faut au contraire donner les moyens de fonctionner et investir dans la santé."

Christine Welty, directrice de l'hôpital Beaujon, à Clichy (Hauts-de-Seine) : "L'hôpital public fonctionne 24 heures sur 24. Le nombre des personnes affectées aux activités est très réglementé, on ne peut pas faire n'importe quoi. Avec les congés et les 35 heures, cela signifie que je dois fermer des lits à certaines époques de l'année comme les fêtes ou les mois d'été. Actuellement, j'ai 343 lits ouverts sur une capacité de 471 normalement.

On redimensionne alors nos capacités d'accueil, en décommandant des malades programmés afin de garder des lits pour les personnes qui arrivent en urgence. On peut aussi refuser un patient quand on sait que l'on ne pourra pas le surveiller après une intervention ou lui donner un lit. En cas de refus, le médecin orienteur du SAMU donne une autre direction. L'Agence régionale d'hospitalisation sait parfaitement le nombre de lits vacants et où ils sont.

Quant aux accidents, ils ne sont pas tous dus au manque de personnel. Depuis que je suis directrice d'hôpital, en 1991, j'ai toujours connu des budgets inférieurs à ce qui était nécessaire. On a toujours été dans une logique de recherche d'économies. Aujourd'hui, on a des affaires monstrueuses, avec des décès de patients, mais l'hôpital public n'est pas en faillite. Il y a médiatisation, judiciarisation, et les syndicats s'engouffrent là-dedans pour dénoncer les manques de moyens.

Nous faisons un métier stressant. Avoir la vie des gens entre ses mains est stressant, la relation est plus difficile avec les familles qui sont plus exigeantes, mieux informées. Ma mère est actuellement hospitalisée et je vois bien qu'avec mes questions, je suis un facteur de stress supplémentaire pour les infirmières et les médecins."
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