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Auteur Fil de discussion: Le grand marché aux profs de Pôle emploi à la mode Xfactor  (Lu 241 fois)
Cecile
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L3 - Admin Psychomirail


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« le: 27 Mai 2011 22:31:42 »

Je ne pouvais laisser passer cet article sous silence...
Voici un témoignage du nouveau mode de recrutement des enseignants remplaçants. Je ne peux dire si ce procédé est encore à ses balbutiements mais, en tout cas il avance à grands pas. J'ai dans l'établissement où je travaille le cas d'une personne ayant été recrutée de cette manière là....
On ne peut que se rendre compte du but visé derrière cette pratique et surtout... les conséquences sur les élèves.


Article

Citation
Récit édifiant d'une participante à la journée organisée avec l'Education nationale pour le recrutement d'enseignants remplaçants

Etiez-vous aux soldes de l'Education nationale ? Moi si ! Comment, vous ne savez pas ? Le ministère a organisé des soldes de profs remplaçants. Enfin, soyons précis, pas des soldes, plutôt un grand dépôt-vente de matériels expérimentaux non testés, et d'autres qui ont un peu, beaucoup servi à d'autres usages : nous, les aspirants au professorat vacataire et non-titulaire.

Un « X Factor » de gens de toutes sortes, ayant le niveau licence a minima, mais n'ayant jamais eu ni même préparé le capes et encore moins l'agrégation, ces concours donnant droit à l'intégration dans le grand mammouth laineux.

Par mammouth laineux, je veux dire ce truc ingérable, de gauche et ultra-syndiqué, défini par toutes les droites de France depuis mai 1968, sous le nom toujours prononcé avec morgue de « pédagos ». Alors pourquoi sommes-nous là ?

On l'a dit, notre gouvernement, par la voix de son ministre Luc Chatel, veut, dans toute la France et de la maternelle au lycée…

    mieux encadrer les enfants,
    être plus près des élèves en souffrance,
    être plus juste avec tous dans un monde de plus en plus injuste,
    liquider des centaines de classes et de postes d'enseignants titulaires, formés, homologués (plus ou moins) soutenus par les IUFM, leurs pairs et syndicats.

Le paradoxe est tragicomique. Le vrai but de ce recrutement est de raser le mammouth de l'Education nationale jusqu'au sang, en raréfiant les « vrais » profs qui coûtent chers et ouvrent beaucoup trop leur gueule, et d'amener à l'éducation des simili-profs (pas forcément pires et même parfois meilleurs que les titulaires, car ceux-là auront au moins l'expérience du monde du travail dans le privé, de l'échec, du chômage et du combat) payés une misère, corvéables à merci, et fantomatiques au niveau d'une pseudo représentation syndicale.

Que du bonheur !

La foire aux vacataires pour combler les brèches du système

Mardi, 7h05. Je chope l'info sur l'antenne d'une radio nationale : l'Education nationale, en partenariat avec Pôle emploi (étrange couple formé pour la circonstance) organise une (une seule ! ) journée de recrutement de professeurs vacataires.

L'objectif ? Faire face au flot d'enfants à éduquer à la rentrée, et au manque de professeurs non recrutés, ou apeurés et démissionnaires, par les classes de plus en plus difficiles surtout lorsque l'on est mal formés en l'absence d'IUFM.

Je suis contre ce recrutement, il est immonde. Il est contraire à toutes mes valeurs, contraire à l'engagement du syndicat de parents pour lequel je me suis engagée, la FCPE.

Oui, mais… Journaliste pigiste depuis vingt-cinq ans, écrivain publiée mais pas encore reconnue, mère sur le tard d'une enfant que j'élève en solo, j'ai bien du mal à retrouver des piges, des contrats d'édition dans mon contexte personnel et celui du tiercé contre l'emploi qui sévit partout : plans de licenciements à gogo ; emploi systématique de kyrielles de stagiaires hyper compétents, hyper disponibles et impliqués, mal ou pas payés du tout ; protectionnisme fielleux des personnels seniors en place.

Pour le capes, pourquoi pas un oral avant l'épreuve écrite ?

Ma litanie interne « Et si je devenais prof ? » n'est pas nouvelle. J'ai déjà raté le capes, faute de préparation dans un IUFM justement. A l'écrit, j'ai passé des épreuves pour juger de ma capacité à enseigner qui m'ont semblé ineptes – il faudrait, à mon sens, recruter d'abord sur diplômes, dossier et oraux, aux fins de vérifier la motivation et les capacités à se faire entendre et transmettre à un groupe d'un aspirant professeur, avant de passer les écrits.

Et j'ai fait valider mon inscription sur le site du Système d'information des agents temporaires de l'Education Nationale (Siaten), l'organe online du mammouth, dédié justement au recrutement de vacataires. Je m'étonne bien un peu de n'avoir jamais été contactée, avec mes diplômes et états de services, surtout que j'ai un numéro d'enregistrement et que j'accepte même de travailler en ZEP.

Sitôt mon café avalé et ma gosse à l'école, je me rends sur site de Pôle emploi : le recrutement est prévu dans deux jours et je veux bien sûr en connaître les modalités.

Je m'étonne d'avoir tant de mal à trouver l'info dans ces pages ou ou en tapant dans les moteurs de recherche et ensuite en tapant toutes les associations possibles entre Pôle Emploi, Education Nationale, professeurs vacataires et recrutement, sur un moteur de recherche.

La foule se presse devant le centre, c'est le bordel calme

Benoit Verschaeve (Pôle emploi)Je finis par trouver la page de Pôle emploi où le directeur des ressources humaines de l'académie de Paris, Benoît Verschaeve, moustache en avant et regard bleu un peu perdu, explique face à une caméra mal positionnée comment se déroulera le recrutement.

Je finis par trouver ce qu'il faut apporter : original et copie de son diplôme le plus élevé, lettre de motivation, CV et… c'est tout.

Jeudi 11h15. Je me rends au Centre d'information et d'orientation (CIO) du boulevard du Montparnasse deux heures après l'ouverture. Là, c'est le bordel calme. Devant l'adresse, 150 personnes environ sur la gauche se massent dans une queue approximative, tandis que 150 personnes ont opté pour le flanc droit.

A vue de nez, il y a plus de candidats de trente à cinquante ans que de jeunes diplômés. Tout le monde est paisible, tout en s'étonnant tout de même, sans hausser le ton, de l'absence d'organisation.

Le rideau de fer, baissé à mon arrivée, se relève. Je crois comprendre que l'on laisse passer un flux, puis qu'on baisse de nouveau le rideau, pour avoir le calme.

Devant la porte, un agent de Pôle emploi parle sans micro aux personnes qui l'interpellent une à une. Les délégués syndicaux de SNIIPP-FSU et SE-Unsa sont à pied d'œuvre, banderoles pliées, dépliées puis repliées. Mais pour l'heure, ils papotent dans les bourrasques de poussière et de pollen. Deux équipes de télé patientent.

On échange sourires et informations faméliques

Je parviens à demander au gars de Pôle emploi où se trouve la queue : à gauche ou à droite ? Il me fait un moulinet du bras et me répond :

    « C'est égal, des deux côtés et au milieu, dans la masse quoi. »

Les gens ne défendent pas leur place, ne râlent pas, ne resquillent pas, n'exigent pas, ce qui est inouï à Paris. On échange sourires et informations faméliques. Je décide de rentrer déjeuner chez moi, car je me vois mal attendre au moins deux heures debout devant cette porte, dans cette « masse » dans un vent à décorner les bœufs que nous sommes devenus.

Jeudi, 14h10. Je reviens sur les lieux. Cette fois, une quarantaine de personnes seulement attendent devant l'entrée. Un, puis deux agents, un gars et une fille, continuent à parler sans micro et distribuer des feuilles et des petits mots.

A force de jouer doucement des coudes et de l'oreille, l'on finit par comprendre que face à l'afflux incroyable de candidats, il y a pléthore de dossiers et plus aucune possibilité aujourd'hui d'entretien, à part pour certaines disciplines.

On finit par nous tendre un vague formulaire à remplir

Nous finissons par apprendre, à l'arrache, que toutes les disciplines ou presque sont chargées jusqu'à la gueule, à part professeur d'espagnol. Deux ou trois hispanisants passent le barrage pour aller à l'entretien.

L'agent fille nous donne des feuilles volantes. C'est quoi ? On ne parvient pas à le savoir. Nous finissons par comprendre que nous pouvons déposer nos dossiers dans ses blanches mains, assortis de la feuille remplie. Et sur cette feuille, qu'est-ce qu'il y a ? Rien ou presque. Juste une ligne pour mettre notre nom, mais pas notre adresse !

Plus bas, cocher si l'on a pu ou non assister à la réunion et passer un entretien, et puis un espace de six lignes pour coucher nos « observations » (morte de rire ! ).

L'agent mâle distribue de minuscules papiers avec une adresse e-mail. Il est en rupture de stock. Je parviens à recopier un courriel du rectorat de Paris, sur ma voisine qui a décroché ce petit sésame. Elle croit avoir compris que l'on peut faire acte de candidature online à cette adresse.

« Nous avons été débordés par l'afflux de candidats »

Je donne à l'agent fille mon dossier avec la feuille, où j'ai inscrit mon nom et coché « non » aux deux cases, avant de vider les lieux en disant tout de même à l'agent garçon que je ne comprends pas pourquoi l'on fait ce recrutement organisé n'importe comment et à la dernière minute, et en une journée, alors qu'il existe déjà un organe sur internet, qui s'appelle le Siaten pour recruter des vacataires ?

Le gars me répond : « Oh, vous savez le Siaten, cela ne sert pas vraiment… C'est un peu… »

Un peu quoi ? Mort ? Voilà l'explication à mes inscriptions répétées et qui n'ont donné aucun résultats. A quoi sert le Siaten alors ?

Comment finaliser ce non-recrutement ? Qui sera choisi et sur quels critères ? Ceux de la première heure, dont je n'étais pas pour cause de dentiste matinal ? Ou bien le choix reposera-t-il sur la pertinence d'un dossier laissé à « quelqu'un » et par un email inconnu ?

L'agent fille me dit en finissant de se remplir les mains de nos futures vies de chair à ados : « Nous avons été débordés par l'afflux de candidats » (re-morte de rire ! ) Comme si faire une seule journée de recrutement pour tout le rectorat de Paris allait faire venir deux touristes !

Le mammouth est bien rasé, mais il peut encore sursauter

La masse formée de jeunes diplômés (bac +5, +6, +10) et de seniors dotés de doctorat pour certains, et de cinq, dix, vingt ans d'expérience pour la plupart, à ce que j'en écoute et questionne, se dissipe lentement, sans râler.

Je rentre. Le mammouth est bien rasé, mais il pourrait bien nous surprendre par un antépénultième sursaut avant la saignée.

Avec l'aide des parents exaspérés par le manque de personnel, les grèves récurrentes de la crèche au lycée qui nuisent gravement à la santé et l'éducation de leurs enfants, à leur propre quiétude de salarié, et le délire des boîtes privées qui se permettent pour cause d'afflux de n'enseigner qu'aux meilleurs élèves et aux plus sages et de virer tous les autres.

La rentrée 2011 et le vent d'automne qui fera claquer les étendards sanglants du mammouth seront chauds ! .
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« Répondre #1 le: 28 Mai 2011 09:26:19 »

@ Cécile,

Merci de nous avoir fait partager cette article, très juste.

Je travaille avec un prof remplaçante, qui est dans ce cas. Elle a un contrat de 2 semaines, qui se renouvelle. Ça fait trois mois qu'elle remplace un prof en congé maternité. Et elle n'est toujours pas payé. Elle reçois des avances sur salaire.  Heureusement elle a un marie qui a un revenu fixe et solide. Mais je ne pense pas pouvoir vivre et travailler dans des conditions pareilles. Je trouve déjà difficile, la précarité et prise de tête chaque année avec un contrat d'un an. A part le fait que cela me semble complètement illégale et en tout les cas inhumain. Comment faire pour intégrer un équipe, participer au projets, ou encore en proposer si on ne sait pas si on est encore là dans deux semaines ? C'est du franche n'importe quoi !

Est-ce que je peux copier l'article pour le placarder au lycée professionnel où je travaille ?

Pour info : A quoi sert le SIATEN ?
En fait, ce n'est pas une site de recrutement. C'est un "lieu" administratif.
Je viens de m'y inscrire. Je cherche, entre autres, un poste comme AED (=surveillant = pion), et les collègues m'ont expliqué qu'il faut s'y inscrire pour que si on est embauché, par le chef de l'établissement, il faut y être inscrit(e) pour être payé !

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« Répondre #2 le: 28 Mai 2011 09:35:55 »

@Tara09:
Citation
Est-ce que je peux copier l'article pour le placarder au lycée professionnel où je travaille ?
Bien sûr ! Tu as le lien direct de l'article juste au dessus du texte cité dans mon post
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« Répondre #3 le: 28 Mai 2011 09:53:40 »

OK merci, je n'avais pas vu (en bleu) Oups ;-))
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« Répondre #4 le: 28 Mai 2011 11:38:50 »

C'est vraiment scandaleux ce type de recrutement...  Fâché
Les études pour devenir enseignant sont de plus en plus exigeantes, avec de moins en moins de "pratiques sur le terrain" puisque l'IUFM disparaît peu à peu pour laisser place à des études universitaires....
Enseigner serait devenu un métier au rabais de la même façon qu'est considéré aujourd'hui l'Education Nationale  Choqué
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« Répondre #5 le: 28 Mai 2011 13:34:33 »

En fait ce que l'on peut déduire dans cette pratique, c'est qu'il y a une volonté de "pourrir" le mammouth éducation nationale sous une forme de privatisation précaire, qui aura à plus ou moins long terme la conséquence d'une migration des élèves vers des établissements privés de qualité (moyennant finances bien sûr).
On peut se poser la question où est l'égalité des chances dans tout cela?
Là où il y avait un service public qui permettait à tous de pouvoir encore avoir l'accès à un enseignement et un cadre de qualité, maintenant ce sera une éducation à deux vitesses.
Ils le voulaient...ils l'ont fait !

Je ne fais pas le procès des personnes utilisant ce système pour accéder à un travail. J'irai même plus loin en ne remettant pas en cause leurs diverses compétences. Mais je ne peux m'empêcher de me questionner. Car maintenir un cadre dans une classe n'est déjà pas facile, mais le faire dans une classe surchargée (ce qui est d'actualité), ne s'improvise pas, je rajouterai même... dépasse l'entendement.
De plus, arriver à faire passer un programme imposé, des valeurs, le goût à des savoirs, à des élèves de niveaux différents (en surnombre ou pas) demande de sacrés capacités.
Je me demande comment ces "nouveaux arrivants" vont et pourront faire face à ce problème. D'autant plus qu'ils auront en face d'eux une administration qui voudront faire du chiffre en terme de réussite (vu qu'il existe un classement national des établissements les mieux cotés).

Je sens que ce débat n'a pas fini de faire couler de l'encre...Mais je dirai qu'actuellement ce n'est plus de l'encre qu'il faudrait, c'est de l'action ! Enrayer cette dégradation volontaire au service d'une poignée d'individus et qui a pour but la marchandisation de l'éducation nationale.

@tara09:
Citation
Ça fait trois mois qu'elle remplace un prof en congé maternité. Et elle n'est toujours pas payé. Elle reçois des avances sur salaire.
Il faut savoir que c'est une pratique courante et qui n'est pas réservée qu'aux remplaçants. J'ai connu la même chose lorsque j'ai débuté dans l'EN. (Et je peux te dire que j'en ai revisité des plats avec des pâtes pendant 3 mois Souriant Souriant). Dans mon cas, je n'avais pas d'avance sur salaire mais je vivais sur les avances du fond social de l'établissement dans lequel je travaillais.

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« Répondre #6 le: 28 Mai 2011 13:50:32 »

@ Céclie,

Donc il n'y avait plus d'argent pour les élèves en difficulté ! C'est lamentable.

Je ne comprend pas ce qu'ils veulent exactement.

Appauvrir l'éducation du plus grand nombre, est appauvrir un pays.
Ils (les politiques) sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assises.

Mais apparemment ils sont trop stupide pour s'en rendre compte...

Attendons qu'ils tombent tout seul, comme des fruits pourris ^^

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« Répondre #7 le: 28 Mai 2011 16:40:07 »

@tara09:
Citation
Donc il n'y avait plus d'argent pour les élèves en difficulté ! C'est lamentable.
Ce n'était que des avances que j'ai pu rembourser au bout des 3 mois lorsqu'ils m'ont versé mon salaire.
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