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Auteur Fil de discussion: Hôpital: un pas de plus vers la liquidation du service public  (Lu 264 fois)
Cecile
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« le: 10 Fvrier 2009 16:00:29 »

Voici un témoignage et analyse claire d'une infirmière de nuit (Anne Perraut Soliveres) concernant le milieu hospitalier, mais qui à mon sens résume bien ce qui a déjà commencé dans toute les structures publiques et qui j'espère n'aboutira pas.

Comme elle le dit si bien "il y a volonté de créer des hôpitaux usines de plus en plus grands, à haute concentration technologique, mais aussi à fort potentiel iatrogène, ne tient aucun compte du ressenti des patients ni de ceux qui les soignent."

A nous de nous positionner devant ces faits et de décider si c'est vraiment ce que nous voulons pour l'avenir dans tous les métiers de la santé....et bien d'autres

Article



La loi «Hôpital Patients Santé Territoire» est une nouvelle  accélération de la privatisation du système de santé. Non contents d’aligner des réformes dont personne ne semble se soucier d’évaluer les dégâts, massifs sur la qualité des soins et  la démobilisation des professionnels de santé médicaux comme paramédicaux, les politiques continuent à jeter de la poudre dans nos yeux fatigués et avancent à marche forcée vers une organisation de plus en plus inégalitaire.

La création des ARS (Agences régionales de santé) est une nouvelle baffe à la démocratie, déjà en piteux état du côté de nos institutions de santé. La volonté de créer des hôpitaux usines de plus en plus grands, à haute concentration technologique, mais aussi à fort potentiel iatrogène, ne tient aucun compte du ressenti des patients ni de ceux qui les soignent.

Curieusement, les discours s’appuient sur des argumentaires spécieux, zappant d’un critère à l’autre vantant aujourd’hui le contraire d’hier, affirmant sans vergogne la soi-disant dangerosité des hôpitaux de proximité sans tenir aucun compte que ce sont ces petits hôpitaux qui ont assuré, durant des décennies, ce qui fut le meilleur système de soins du monde... N’oublions pas que nous avons perdu ce classement sitôt entamée la réforme Juppé... Cherchez l’erreur.

A l’hôpital c’est la fin du service public car qui dit privatisation dit recherche de profit. D’ailleurs, il est prévu d’intéresser les meilleurs producteurs... Il est préconisé de gérer l’hôpital comme une entreprise tout en laissant la part du marché la plus juteuse aux cliniques privées, marché de dupes s’il en est. Les bénéfices colossaux de la Générale de santé (propriétaire et actionnaire de près de 200 cliniques) en disent long sur l'orientation d'un tel dispositif. Il ne faudrait pas oublier que ce sont nos cotisations qui vont désormais enrichir ses actionnaires, sans compter certains professionnels qui ont pourtant prêté le serment d’Hippocrate. Mais peut-être ne l’ont ils pas vraiment lu ?…

Les patients, toujours peu ou prou dindons de la farce, subiront davantage les diminutions d’effectifs, le turn over d’intérimaires, véritable armée de mercenaires officiant dans ces lieux de production de soins privés. Les séjours seront de plus en plus rapides, laissant dans l’angoisse des suites opératoires, des patients sortis à peine réveillés de l’anesthésie. Les consultations privées, scandaleusement assorties de suppléments d’honoraires sans tact ni mesure ni surtout la moindre légitimité, se répandent plus vite que la peste.

Quels hôpitaux seront alors contraints d’assumer tout ce qui n’est pas rentable ? Les quelques hôpitaux dits de proximité qui seront réduits à accueillir la misère du monde, les vieillards abandonnés, les polypathologiques si peu désirés dans la belle médecine des grandes usines à soin déshumanisées ? Déjà, certaines structures privées transfèrent systématiquement dans le public les patients qui dépassent la durée moyenne de séjour et refusent d’assurer “le service après vente”.

La médecine qui se profile là est celle du beau diagnostic, de la performance, de l’exception, dont on a besoin, certes, mais qui est loin de représenter la médecine dont la majorité des citoyens ont besoin. Alors, qui acceptera de se coltiner cette médecine ingrate, selon ses propres critères, celle la plus fréquemment requise, celle de la maladie au long cours, celle qu’on ne guérit pas forcément, celle qui traîne à n’en plus finir, celle des vieillards dont les facultés diminuent lentement mais sûrement ? Si l’on se range aux convictions de Bernard Debré, professeur ayant toujours travaillé dans le luxe de la spécialisation, invité lundi soir par France 3, le choix paraît évident. Il vaut mieux faire un déplacement de 50 km pour être bien soigné par des gens compétents, dit-il, que mourir dans un hôpital de proximité. Certes, mais Monsieur le Professeur sous-entendrait-il que la compétence de ses confrères, moins chanceux, laisse à désirer au point qu’ils feraient mourir les malades alors que l’usine à soins les sauverait ? That is the question !

Cette dichotomie, malhonnêtement simpliste, me semble reposer sur une illusion médicale tenace qui ne valorise que les actes techniques, la recherche pointue qui représentent une part infime de la médecine mais qui sont le socle à partir duquel tous les médecins, y compris les généralistes donc, sont formés. On comprend aisément que les médecins soient peu nombreux à se précipiter sur les postes et fonctions dévalorisées dans ces petits hôpitaux où, qui plus est, l’on meurt...

Côté santé, pas de grandes innovations, on interdira les cigarettes bonbons et l’alcool aux enfants... mais pas question de développer la recherche sur les causes environnementales des maladies ni de développer la médecine scolaire, encore moins celle du travail, bien au contraire... Tout cela n’est pas rentable immédiatement et nous sommes dans une culture du tout, tout de suite...

Quels intérêts seraient bousculés si l’on regardait de plus près ce qui nous rend malades ? Le travail pour les uns, le chômage pour les autres, la précarité, la misère, les pressions de plus en plus insupportables d’une économie soumise à l’irresponsabilité d’un libéralisme indécent ? Par contre, on développera  «l’éducation thérapeutique»... Les patients seront-ils sommés de se traiter et conseillés chez eux par ceux-là même qui vendent les médicaments ? La publicité regorge déjà d’informations tendancieuses des labos qui pénètrent dans nos maisons pour nous vanter les effets des produits en omettant de signaler leurs effets indésirables... Les récentes affaires de toxicité des médicaments sont déjà oubliées, les Vioxx, Célebrex, Acomplia et les autres... sitôt remplacés... tout cela va si vite... rentabilité oblige.

Et les patients ? Il est dit que les refus de soins aux patients ayant la CMU seront  limités (?) Pourquoi pas interdits ? L’ordre des médecins étant incapable de le faire, ce sera à la sécurité sociale de les sanctionner… Rappelez-moi à quoi est censé servir cet Ordre ? N’est-ce pas à faire respecter la morale par lui-même édictée?
Au lieu de cela, les franchises et les dépassements d’honoraires continuent d’enfler, laissant de plus en plus de malades à la porte des soins. N’oublions pas que cinq millions de nos concitoyens ne peuvent s’offrir de complémentaire santé, donc ne peuvent accéder à la plupart des actes chirurgicaux pratiqués surtout dans le privé et de plus en plus assortis de dépassements… Rappelons que l'hôpital public a de moins en moins les moyens de pratiquer des actes chirurgicaux.

Quant au territoire, toutes les décisions seront prises par des Agences Régionales de Santé, sous tutelle directe de l’Etat, depuis les missions des directeurs d’hôpitaux, jusqu’aux protocoles imposés aux médecins… On a vu les caisses d’assurance-maladie passer de la commune au département et devenir beaucoup plus difficiles d’accès, elles sont désormais court-circuitées. C’est la fin de toute illusion de contrôle citoyen.

Les médecins généralistes sont nommés «professionnels de premier recours» mais Ils seront toujours payés à l’acte, sans aucun financement pour organiser la prévention, coordonner les soins avec d’autres intervenants ni garantir l’indépendance de leur formation continue.

Pour inciter des jeunes à travailler dans les zones où il n’y a plus de médecins, on octroiera un peu plus de places aux autochtones dans les concours de médecine. Curieuse façon de repeupler les régions de médecins après les avoir dépossédées de leurs infrastructures, fermé les hôpitaux de proximité, les maternités et autres services publics. Quels jeunes médecins auraient envie d’être sacrifiés pour que leurs aînés puissent continuer à s’enrichir en secteur 2 dans les régions favorisées ? Les jeunes médecins ont besoin de conditions d’exercice différentes et formatrices. Ils doivent pouvoir être remplacés régulièrement, avoir des revenus suffisants et de pouvoir partager leurs doutes et questionnements, comme dans des maisons de santé qui fonctionneraient autour d’une vraie collaboration, d’un projet qui intégrerait la prévention. Il reste encore à sortir du paiement à l’acte pour que ces choix deviennent viables.

• Anne Perraut Soliveres •
« Dernière édition: 10 Fvrier 2009 18:04:38 par Cecile » Journalisée

“Quiconque prétend s'ériger en juge de la vérité et du savoir, s'expose à périr sous les éclats de rire des dieux puisque nous ignorons comment sont réellement les choses et que nous n'en connaissons que les représentations que nous nous en faisons”
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« Répondre #1 le: 10 Fvrier 2009 17:38:45 »

Cette infirmière met exactement le doigt (je dirais même la main Clin d'oeil) sur tous les dysfonctionnements actuels de l'hôpital, et c'est effrayant  Choqué. Tout notre sytème de santé tend à devenir bancal, de plus en plus d'infirmières expérimentées quittent leur profession de saturation, de fatigue. On assiste à un turn-over permanent de jeunes diplômées... et le sentiment que le patient n'est plus pris en considération, il faut faire du chiffre, que du chiffre  Triste
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« Répondre #2 le: 11 Fvrier 2009 17:41:46 »

Les propos de cette infirmière se confirment ici: le Monde

Voici les principales dispositions du projet de loi "Hôpital, patients, santé, territoire".

Accès aux soins

Régionaliser la formation des médecins : le numerus clausus (nombre d'étudiants admis chaque année) ne sera plus décidé au niveau national mais régional, en fonction des besoins de la population. Objectif : favoriser les régions sous-dotées en prenant en compte le fait que 70 % des jeunes exercent dans leur région de formation.

Encourager la création de maisons de santé pluridisciplinaires au sein desquelles des médecins, des infirmiers ou des kinésithérapeutes pourraient travailler. Ces maisons de santé devraient offrir un cadre mieux adapté aux jeunes médecins afin qu'ils soient moins isolés, notamment dans les campagnes ou les banlieues.

Limiter les refus de soins envers les patients bénéficiaires de la couverture maladie universelle (CMU). Des sanctions financières pourront être décidées contre les médecins et dentistes récalcitrants.

Modernisation des hôpitaux

Création de communautés hospitalières de territoire. Ces coopérations doivent permettre à des hôpitaux publics de définir une stratégie commune, mutualiser des moyens (plateaux techniques et équipements lourds) et spécialiser chaque établissement (chirurgie de pointe, maternité, personnes âgées...).

Nouvelle gouvernance : le directeur d'hôpital voit ses prérogatives accrues. Il préside un conseil de surveillance dont le vice-président est un médecin, élu par ses pairs et président de la commission médicale d'établissement (CME). Le conseil de surveillance, qui remplace le conseil d'administration, n'est plus forcément présidé par le maire de la commune de l'établissement.

Des missions de service public partagées par le public et le privé : le projet fait disparaître la notion d'établissements participant au service public hospitalier, au profit d'une liste de missions de service public que tout établissement, public ou privé, pourra exercer (contre rétribution pour le secteur privé).

Attractivité des carrières hospitalières : aujourd'hui, elles sont beaucoup moins attractives que l'exercice dans le privé (80 000 euros de revenu annuel en fin de carrière à l'hôpital contre 200 000 euros pour un cardiologue en libéral). Les hôpitaux ont de plus en plus recours à l'intérim ou aux contrats avec des médecins étrangers pour pallier la pénurie de médecins dans certaines spécialités. Pour augmenter la rémunération des praticiens hospitaliers, une part variable de revenus devrait leur être accordée en fonction de critères d'activité et de performance.

Régionalisation de l'organisation des soins

Création des agences régionales de santé (ARS) : elles seront les chefs d'orchestre uniques au niveau régional de toute l'offre de soins - hôpital, médecine de ville, établissements médico-sociaux (maisons de retraite...). Elles auront compétence sur l'organisation des soins, la prévention, l'éducation à la santé, la sécurité sanitaire. Elles remplaceront notamment les agences régionales d'hospitalisation (ARH), les directions départementales des affaires sanitaires et sociales (Ddass), et les unions régionales des caisses d'assurance-maladie (URCAM). Elles devront élaborer un diagnostic régional de l'offre de soins, et favoriser, en fonction de ce constat, les projets de maisons de santé pluridisciplinaires, les gardes, etc.

Mesures de santé publique

Interdiction de la vente d'alcool aux mineurs de moins de 18 ans et dans les stations-service.

Interdiction de la vente des "cigarettes-bonbon", dont le goût est modifié avec des arômes sucrés.

Cécile Prieur
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« Répondre #3 le: 13 Fvrier 2009 17:11:12 »

Pour se faire une idée de la médecine de demain/aujourd'hui.....Voici un bel exemple de gestion d'un hôpital façon entreprise qui a pour seul but la recherche du profit.
On n'entend plus parler les médecins avec un langage de médecine mais plutôt avec un langage (codé) de gestionnaire (effroyable)....

On n'a plus de mal à s'imaginer le devenir des hôpitaux psychiatriques et de tous les services de santé vu l'aspect de la médecine conventionnelle.

Article


«Amputer est plus rentable que traiter»

En diabétologie et ailleurs, malaise face à la tarification par activité.

C’est un lieu commun : l’hôpital public serait malade. Et si c’était plutôt les médecins hospitaliers qui l’étaient, atteints d’une étrange pathologie, véhiculée par un méchant virus qui répond au nom de T2A ? Que ce soit dans les hôpitaux de Paris, Marseille, Lyon, ils n’ont que ce sigle à la bouche, comme une obsession. Les manifestations cliniques de cette infection sont particulières, et se traduisent par un drôle de langage. On entend ainsi un chef de service dire : «Il me faut optimiser la codification (1).». Un autre : «Le bon patient, c’est le GHS.» Ou encore : «La T2A impacte ma pratique médicale.» Plus grave, ce virus les fragilise au point de mettre en cause, disent-ils, le noyau dur de leur pratique. Sale affaire, en tout cas. Car au-delà de l’ironie, il serait illusoire de croire que cette fièvre-là va s’estomper au bout de quelques jours. Quoi qu’en dise la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, rarement la communauté médicale hospitalière n’a été à ce point déstabilisée.

Hanche. La T2A - plus communément appelée la tarification par activité - est un nouveau système de comptabilité. Auparavant, tout établissement recevait une somme globale, à charge pour lui de se dépêtrer. Désormais, les experts du ministère de la Santé ont mis au point un système où l’hôpital est un producteur de soins que l’on pourrait facturer. Dans ce système, chaque prise en charge de pathologie, ramenée à un groupe homogène de malades, a un coût. Ainsi, la pose d’une prothèse de hanche chez un patient de moins de 75 ans n’ayant pas d’autres facteurs de morbidité, vaudra tant… Si l’hôpital en fait 200 par an, il recevra tant. Et ainsi de suite… Le budget est calculé à partir de la somme de ces activités.

«Ce n’est qu’un outil de gestion», tranche le ministère de la Santé. Mais dans les faits que voit-on ? André Grimaldi, chef de service de diabétologie à l’hôpital la Pitié à Paris, est un farouche opposant de la T2A. Il multiplie les pétitions, et la dernière en date a recueilli le mois dernier un succès impressionnant avec la signature d’un très grand nombre de médecins de l’Assistance publique de Paris. Son discours est rodé et convaincant. Il a mille histoires qui stigmatisent la T2A. «Pour un diabétologue, c’est beaucoup plus rentable d’amputer que de traiter», tonne-t-il. On me dit "faites plus de parkinsoniens, car c’est bien codé, cela rapporte plus…"»

Le médecin hospitalier serait donc condamné à décliner sa pratique à travers une grille de codage financier. «On ne fait plus que cela, raconte un chef de service d’Avicenne, à Bobigny, chaque médecin code chacun de ses actes, puis il valide. On est complètement pris dans cette logique.»

«Dans les réunions, on ne parle plus que d’euros, poursuit le professeur Grimaldi. Nous avons discuté récemment avec le conseiller de Nicolas Sarkozy. Il nous dit : "Je ne vois pas de différence entre l’hôpital et l’industrie aéronautique." Mais de quoi parle-t-il ?» Même si tous les médecins hospitaliers ne sont pas si virulents, beaucoup se sentent atteints dans leur pratique. «Il y a les bons services qui font des actes bien rénumérés, d’autres non. Voilà notre métier» : le professeur Frédéric Adnet, chef de service des urgences au CHU d’Avicenne se veut pragmatique, et cherche à comprendre. Il a ainsi entamé un cours de management économique : «Je veux connaître leur logique. Mais, je vois le risque de nous transformer en petit patron et employeur du personnel soignant.»

Un chef de pôle (2) d’un hôpital lyonnais confirme : «En tant que chefs de pôle, tous les mois, on se voit une matinée. On fait le point. Et on passe notre temps à examiner si on est bien dans les clous. Je m’aperçois que je ne gère plus d’objectifs médicaux.» Un autre : «On devrait avoir les clés de gestion, mais on ne les a pas. Moi, par exemple, comme chef de pôle, je n’ai pas signé l’amendement à mon contrat de travail, car on m’impose des normes qui ne sont pas conformes à la sécurité des patients.» Et il avoue : «Mon boulot de chef de pôle me prend 70 % de mon temps, aujourd’hui je fais un autre métier.» François Aubart, chef de service à l’hôpital d’Eaubonne, et président de la coordination hospitalière, n’est pas en guerre contre la T2A. «Au moins, un peu de transparence», dit-il. Ce qui l’inquiète, c’est l’hypocrisie des règles. «On nous dit de prendre nos responsabilités ! Mais on n’en a pas les moyens. De plus, ce système ne prend pas en compte la précarité, ni les soins non techniques.»

Milieu du gué. «Aujourd’hui, on sent une résignation massive», poursuit le professeur Grimaldi. «Mes collègues sont perplexes», tempère le professeur Pierre Coriat qui occupe le poste clé de président de la commission médicale d’établissement de l’Assistance publique de Paris. «La situation n’est pas simple, mais n’en ayons pas peur. Défendons la logique médicale. Il ne faut pas que les médecins se perdent dans la gestion, mais pour autant si on veut dépenser moins, c’est clairement en travaillant sur l’organisation des soins.»

Mais comment explique-t-il ce désarroi général des médecins hospitaliers ? «On est au milieu du gué. C’est frustrant. Mais il ne faut pas rejeter le cadre de la T2A. Les médecins ont été pendant longtemps responsables des dépenses, actuellement ils vont être responsables des recettes. Réclamons une juste revalorisation de l’activité, et appliquons entre nous l’équité.» Et Pierre Coriat se veut confiant : «Avec cette transparence, nous avons une solidarité médicale à avoir. Car l’efficience fait partie de notre éthique.»

Certes… Mais même le professeur Coriat, pourtant fin diplomate, s’emporte quand il voit dans le projet de loi que «le directeur [d’un hôpital, ndlr] est responsable de la qualité des soins… Oui, des phrases comme celle-là m’inquiète».

 
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« Répondre #4 le: 14 Fvrier 2009 14:27:38 »

Continuons dans l'explication du codage....
Voici un témoignage de Jean-Vital de Monléon  praticien hospitalier en pédiatrie au CHU de Dijon expliquant que c'est grâce à ce système de codage que le financement des CHU s'effectuent.

alors...

Qu'est ce qui prévaut le mieux ? Soigner ou coder ?

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« Répondre #5 le: 14 Fvrier 2009 16:55:29 »

Je cite un extrait :
"Une solution efficace existe pourtant. Elle n’est pas encore très connue en France, mais le fait d’être le «docteur des enfants adoptés» (Libération du 26 novembre) me l’a fait découvrir. Il s’agit des bonnes vieilles méthodes du soviétisme. Vingt ans après la pérestroïka, elles continuent de prouver leur efficacité à l’est de notre continent. En une seule journée de 1935, le mineur Stakhanov aurait extrait 102 tonnes de charbon en six heures, quand on lui en demandait sept (on sait depuis qu’il s’agissait d’une supercherie, mais l’homme est devenu un héros populaire et son exploit a eu une résonance mondiale). C’est ce genre de travail que continuent à faire mes collègues de Russie. Par exemple, plus de neuf enfants sur dix adoptés en Russie présentent une «anoxie cérébrale périnatale» ; en France, cela signifie une grossesse qui se termine mal et un cerveau mal oxygéné et très abîmé ; en Russie, quand on a le décryptage (que je n’ai pu comprendre qu’après quelques années d’expérience), cela signifie un problème social et le risque que l’enfant soit séparé de sa mère par abandon ou décision administrative. Près des trois-quarts des enfants en orphelinat présentent dans leur dossier russe un syndrome pyramidal ; symptôme grave en France, témoin de lésions neurologiques ; simple manque de stimulation, banal dans un orphelinat russe. Les régimes changent mais les habitudes restent. Si les hôpitaux de l’ex-URSS obtiennent ainsi des rémunérations en relation avec leur travail, il est cependant dommage que de vrais et graves problèmes n’apparaissent que rarement dans leurs diagnostics, c’est le cas des séquelles de l’alcoolisme maternel, particulièrement fréquent dans ce pays et oublié dans les dossiers… Le codage ne rapportant sans doute pas assez de points. Alors, on soigne ou on code ?"

Voila la solution est trouvée : on code n'importe quoi de manière à faire rentrer du pognon... et on continue à soigner.

Dans mon ancienne boitte, les commerciaux passaient une semaine par an, dès réception de leur plan de commissionnement, pour définir la meilleure stratégie pour rentrer leurs commandes (gagnées) dans le "système d'information" (analogie avec la T2A) de manière à maximiser leurs primes. Après, ils appliquaient le système pendant toute l'année. Bien sur cela coûtait un peu de temps à l'entreprise et les résultats produits sous forme de tableaux de bords étaient biaisés... mais ils ont procédé ainsi pendant des années (et continuent encore surement) et les "managers" ont continué à "piloter" leur activité à partir de ces mêmes tableaux de bords. Bien sur, ils (les tableaux de bords) ne disaient plus rien... mais qui s'en soucie du moment qu'on puisse les faire parler ?

Finalement, nous avons tout à apprendre des pionniers dans le domaine : les tenants de l'économie planifiée (stalinienne).

Amusant...
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"Quand Lacan fait de la cure, parce qu'elle change le rapport du sujet aux objets, à la jouissance, à l'autre et aux autres, une sortie du capitalisme, je ne crois pas qu'il s'agisse d'une formule pour les chiens..."
Marie-Jean Sauret, L'effet révolutionnaire du symptôme
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« Répondre #6 le: 03 Mars 2009 23:30:29 »

Des témoignages à la pelle sur les dégradations de soins à l'hôpital...Nous en faut-il encore plus pour réagir, en tant que simple citoyen(ne)?

Article: le Monde

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« Répondre #7 le: 15 Mars 2009 11:12:54 »

Un nouveau cri d'alarme de la part de Anne Perraut Soliveres sur la reforme des hôpitaux (plus précisément du personnel) ici

L'hôpital malade des réformes

Aveugle et sourd, le gouvernement ne voit ni n’entend les effets de sa politique sur la vie de ceux qui tentent de travailler dans le monde des soins dont le délabrement fait peine à voir.

Rarement on sera allé aussi loin dans l’amateurisme et l’incompétence de gens qui ont en main toutes les clés du porte-monnaie, gérant du garde-manger à la pharmacie sans oublier "l’argent de poche" versé sous forme de salaires aux infirmières. Les bull-dozers de son libéralisme exacerbé, incapables d’anticiper les effets de leurs actes semblent tout aussi incapables d’analyser ces effets même lorsqu’ils sont là, sous leur nez. J’ai vu Madame Bachelot dans l’émission de France 2 qui regardait les reportages, on ne peut plus explicites, sur les difficultés que rencontrent médecins et soignants dans leur exercice quotidien, sans manifestement mesurer l’écart, que dis-je le gouffre, qui sépare son discours lénifiant des attentes de ses interlocuteurs.

Aux infirmières qui exposent leurs craintes de commettre des erreurs dans un contexte de travail de plus en plus difficile, elle explique qu’elles vont enfin bientôt être reconnues en passant au cadre A de la fonction publique (ouf, ça c’est un garde-fou extraordinaire !). Elle ne dit pas, par contre, comment elle va les payer puisque la plupart des hôpitaux sont exsangues et sommés de retourner à l’équilibre budgétaire après lequel ils courent désespérément. Peut-être qu’elle compte sur les licenciements des uns pour augmenter les salaires de celles qui resteront après les plans de redressement...

Pour le reste, je ricane amèrement quand j’apprends que la réforme des études des infirmières, qui justifie le changement de statut dans le service public (quel effet sur les autres établissements ?), prévoit la diminution conséquente des heures de stages pratiques au profit de matières plus "scientifiques" et d’un travail personnel. Qui peut soutenir une telle aberration quand nous sommes tous atterrés de la fragilité de notre formation actuelle ? Qui peut penser que c’est de davantage de scientificité qu’ont besoin les infirmières quand on voit le désastre que provoquent les réformes successives sur les soins de base.

Ces bouleversements occupent tellement les directions et l’encadrement que tout le reste, pourtant essentiel, devient secondaire face aux urgences des certifications et leur cortège d'investissements dispendieux. Les infirmières et les médecins se retrouvent seuls à se préoccuper des missions de plus en plus impossibles du simple fait de ces changements inconcevables de priorités. Comment n’ont ils pas encore compris que l’individualisation des problèmes (traçabilité, évaluation individuelle) est en train de tuer ce qui nous permettait jusque là de tenir : l’appartenance à un collectif de travail ? C'est auprès du lit du patient que se mesure la dangerosité de ces déplacements d'attention des décisionnaires, les faits dramatiques de ces derniers mois sont là pour en attester tristement.

Les défenseurs de l’ordre infirmier et du LMD n’ont donc pas encore compris que cette réforme qu’ils mènent tambour battant, avec un légitime désir de reconnaissance, allait porter le dernier coup à une profession qui ne comprend pas où on l'entraîne ? Comment ont-ils pu être assez naïfs pour croire que l’université allait les reconnaître dans une filière parfaitement calibrée sans exiger de substantiels changements de la formation en retour ? Quand Madame Bachelot nous dit qu’elle offre trente mille places dans les écoles mais qu’elle n’arrive à recruter que vingt mille étudiants, elle semble de plus ignorer que la moitié de ces effectifs n’iront pas jusqu’au terme de leur formation voire qu’ils n’exerceront pas ou si peu dans un monde tellement maltraitant à l’égard de ses membres. Le mur est là, déjà trop près pour que nous puissions nous retourner. A quand la dernière poussée ?

• Anne Perraut Soliveres •
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