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Auteur Fil de discussion: Dans la spirale de la dépression  (Lu 106 fois)
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« le: 28 Septembre 2008 10:10:57 »

Etude: 5,5 millions de Français ont connu un «épisode dépressif majeur» dans l’année, trouvé sur Libé

Comment sonder l’état de la déprime en France ? En trois questions. D’abord celle-ci : «Au cours des douze derniers mois, vous est-il arrivé de vivre une période d’au moins deux semaines consécutives pendant laquelle vous vous sentiez triste, déprimé(e), sans espoir ?» Réponse : oui pour 20,7 % des personnes. Pour ces derniers, deuxième question : «Pendant ces deux semaines, ce sentiment durait-il généralement tou te la journée, ou pratiquement toute la journée ?» Près d’un sur deux répondent oui. Troisième question : «Ce sentiment arrivait-il chaque jour ou presque chaque jour ?» Réponse: 63,2 % des 20,7 % répondent encore oui.

Au final, si vous avez ces trois éléments (signe de tristesse, avec un critère de durée et d’intensité), alors vous êtes atteint du «symptôme tristesse» utilisé dans le diagnostic d’épisode dépressif majeur (EDM) à la base du classement international des maladies mentales. L’EDM, c’est un peu embêtant mais rassurez-vous, vous n’êtes donc pas seul. Selon une étude - publiée, aujourd’hui, par le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’InVS (l’Institut de veille sanitaire) -, cela concerne 8,8 % des personnes interrogées. Soit près de 5,5 millions de français.

Recul. Ainsi donc va la France : plus d’une personne sur 12 a connu dans l’année écoulée un «épisode dépressif majeur». Un taux impressionnant, mais à prendre avec un certain recul (lire ci-contre). D’autant que les chiffres varient selon les méthodes utilisées. Selon deux autres enquêtes, l’une menée en 2004-2005 sur des populations respectivement de près de 17 000 (Baromètre santé) et l’autre de 6 500 personnes (Anadep), le nombre de Français souffrant d’EDM varie de 8,8 % à 5 %. Quant à la prévalence des épisodes sévères, elle est respectivement de 3,2 et 2,6 %.

Pour les autres, ne soyez pas trop rassurés… Car sans avoir les trois caractéristiques de l’EDM, on peut présenter une ou deux des caractéristiques. Et là, cela fait encore plus de personnes : ces états, baptisés «subsyndromiques» touchent près de 19 % de la population. Parmi eux, 55 % ne présentent qu’un seul symptôme, 35 % présentent au moins deux symptômes et 10 % répondent à l’ensemble des critères qui caractérisent un EDM, mais cela n’a pas de retentissement sur leurs activités habituelles.

Enfin, dans le monde de la dépression majeure, il y a des habitués. Car les épisodes ont plutôt tendance à être récurrents : 48 % des personnes qui ont présenté un épisode dépressif ont déjà eu au moins deux épisodes dépressifs tandis que 37 % n’ont souffert que d’un seul épisode. Ils sont chroniques chez 15 % des personnes interrogées. Près des deux tiers des épisodes dépressifs sont donc récurrents ou chroniques. Ce qui fait près de 4 millions de déprimés chroniques en France.

Veuvage. Les motifs de ces dépressions sont surtout des confirmations. D’abord, nous ne sommes pas toujours égaux dans la déprime. Dans les deux enquêtes du BEH, les EDM sont ainsi deux fois plus fréquents chez les femmes. Cela tient en partie, peut-être, à une sous déclaration masculine. En tout cas, l’épisode dépressif est favorisé par la situation familiale ou professionnelle : le veuvage, le divorce, et le chômage sont des éléments aggravants. Lorsque la personne est en invalidité, en congé longue durée, voire en arrêt maladie, le risque est trois fois plus élevé.

Selon une autre étude, - menée cette fois auprès de 3 000 personnes en 2005 à Paris et aux alentours -, le taux de prévalence de l’EDM est plus élevé dans la région Ile-de-France : dans ce travail, les épidémiologistes ont noté, sans surprise, que «la dépression est souvent associée à des événements survenus dans l’enfance tels que maltraitance physique ou abus sexuel». Toutes choses égales par ailleurs, «elle est plus fréquente dans les quartiers classés en zone urbaine sensible».


«Un regard limité sur l’homme» Franck Chaumont, psychiatre des hôpitaux en Ile-de-France, analyse l’étude du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).«Surveiller et observer la santé mentale en France ? Compter les dépressifs ? Evidemment, on s’interroge, on pense à Michel Foucault et à Surveiller et punir. On ne peut s’empêcher de remarquer que l’on crée de grandes catégories sanitaires : cette fois, c’est la dépression.

Si on me demande, moi, si je vois dans ma pratique beaucoup plus de gens déprimés, je réponds que non. Mais je vois beaucoup plus de gens qui disent qu’ils sont déprimés. En tout cas, cette catégorie me paraît confuse. C’est comme celle d’hyperactivité chez les enfants. A partir du moment où l’on étend le symptôme, le nombre de cas va augmenter. Ce qui est sûr, c’est que cela va servir de support à de grandes campagnes sur la dépression. Des budgets sont dégagés, et au final… beaucoup de médicaments sont prescrits.

De fait, tout cela renvoie à un regard particulier. On observe la société sous l’angle de la santé mentale. Voilà le danger, car au-delà des chiffres et des qualifications, c’est un regard sur le monde, c’est une culture singulière, une manière limitée de regarder l’homme»…



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