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Auteur Fil de discussion: A la maison de retraite, amour, sexe et autres contrariétés....  (Lu 488 fois)
Cecile
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L3 - Admin Psychomirail


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« le: 20 Octobre 2009 22:14:09 »

On parle souvent de la sexualité des adolescents, des adultes, mais qu'en est-il de celle des seniors? Des seniors qui se trouvent en maison de retraite. Le sujet semble malheureusement encore un tabou tenace. On ne peut que constater,  la France a bien du retard en matière de réflexion institutionnelle pour garantir la reconnaissance des droits sexuels des personnes placées en maison de retraite par rapport à d'autres pays...

article

Citation
Pas simple de s'aimer quand on n'est plus chez soi : la libido des pensionnaires, parfois débridée par Alzheimer, reste un tabou.

Oui, papi et mamie font encore l'amour. Et c'est plutôt une bonne nouvelle pour nous tous. Ils s'envoient en l'air plus souvent même qu'on ne l'imagine.

En maison de retraite, pourtant, ils sont moins nombreux à faire crac-crac. La tâche est plus ardue. Lits trop étroits, indélicatesses du personnel ou regard des autres résidents ne mettent pas à l'aise. Les plus débridés sont souvent les malades d'Alzheimer.

C'est en tout cas un tabou tenace : les relations sexuelles chez les seniors. Elles existent bel et bien. L'activité sexuelle diminue avec l'âge mais ne s'arrête pas, même après 75 ans. Le New England Journal of Medecine a publié en 2007 une étude américaine menée auprès des 57-85 ans. Il y révèle que, parmi les 75 à 85 ans, 26% (un quart ! ) reconnaissent avoir eu une relation sexuelle dans l'année. Ce pourcentage double chez les 65-74 ans.

Les femmes sont nettement moins nombreuses que les hommes à signaler une activité sexuelle, car elles peinent à trouver un partenaire.

A l'inverse de ceux qui s'aiment chez eux, les personnes placées en maison de retraite manquent souvent d'autonomie pour se livrer à la bagatelle. Le chiffre de la population sexuellement active en résidence tombe alors à 8%.

« Aimer à perdre la raison »

La maison de retraite La Seigneurie à Pantin a bien voulu m'ouvrir ses portes. J'y ai rencontré quelques résidents amoureux, pas attirés, en couple, en phase de séduction…

Ils s'appellent Lucien, Alice, Alain, Marie-Laure, Paul, Kalem (j'ai modifié certains prénoms). Ils nous racontent comment ils vivent leur rapport à l'amour et au sexe dans cet endroit, pas vraiment chez eux, pourtant leur seule maison.
En maison de retraite, les seniors conservent une expression de la sexualité. Elle s'exprime par le besoin de plaire à travers une tenue vestimentaire soignée, un comportement romantique, jusqu'à la recherche de contact physique.

La phase de séduction paraît nettement renforcée. Une internaute de Rue89 ayant travaillé dans une maison de retraite de l'Yonne nous relatait l'histoire de ce « papi » :

    « Il a demandé à faire venir un coiffeur puis il est sorti acheter un costume et des fleurs. La mamie a été sensibles aux avances et a accepté sa demande en mariage. Ils avaient 90 ans. Ce sont souvent les hommes qui prennent les devants. »

Le personnel de ces résidences décrit des comportements proches « de ceux des adolescents ». Beaucoup de séduction et d'attouchements, peu de passages à l'acte.

Lits trop étroits et regards désapprobateurs

Certes la libido diminue. Mais il existe d'autres raisons au faible taux d'activité sexuelle. Comme l'expliquent quelques résidents, les lits sont trop étroits pour accueillir un couple. Les lits doubles restent exceptionnels en France.
Parfois, les chambres ne ferment pas à clé et le personnel n'est pas habitué à frapper à la porte avant d'entrer. Anne-Marie Paul, de l'association Citoyennage, demande dans ce sens un plus grand respect de l'intimité des résidents. Et d'en finir avec une infantilisation néfaste. Elle propose d'offrir la possibilité, comme dans les hôtels, de placer une étiquette « Ne pas déranger » sur les poignées de porte.

Nicole Escribano est présidente de l'association Liberté du résident en institution (LRI). Elle pointe les réticences qui font pression autour des couples.

    « Nous voulons laisser vivre les couples. Mais il y a un gros travail à faire avec le personnel, qui interdit parfois les ébats sexuels. Plus réticents encore sont les enfants des personnes concernées. Ils admettent très difficilement la sexualité de leurs parents.

    Enfin, il y a les autres résidents. Ils sont gênés face à des amoureux atteints d'Alzheimer, au comportement désinhibé, qui s'embrassent à pleine bouche en public. »

La maladie d'Alzheimer complique tout

On le voit, la maladie d'Alzheimer complique encore la situation. Elle accentue chez certains seniors les pulsions sexuelles et les débrident. Ces derniers peuvent alors entamer un désagréable harcèlement sexuel sur les autres résidents et le personnel.

D'où une ligne de conduite étroite pour la direction de ces institutions, entre volonté de laisser-faire et nécessité de stopper d'éventuels abus.
Reste que la France a bien du retard par rapport à d'autres pays. A Berlin, San Fransisco et Montréal, des maisons de retraite pour homosexuels ont ouvert leurs portes. Au Quebec toujours, certains instituts se sont dotés de « chambres d'amour » ou »chambres d'intimité » que les couples peuvent réserver.

Dans l'Hexagone, il n'y a toujours pas de réflexion institutionnelle pour garantir la reconnaissance des droits sexuels des personnes placées en maison de retraite.
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« Répondre #1 le: 21 Octobre 2009 07:17:18 »

Je trouve sympa l'histoire des "chambres d'intimité", même si ça enlève le côté purement intime justement (il faut demander, donc mettre quelqu'un du personnel au courant).

C'est terrible qu'on dépossède les personnes âgées de leur droit à s'aimer et à jouir de leur corps (dans les deux sens du terme) comme ils l'entendent!

On a du boulot, on a du boulot.....
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Christele
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L3


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« Répondre #2 le: 21 Octobre 2009 13:52:35 »

Cécile , Merci beaucoup pour cet article ! Oui , la sexualité des séniors est complètement tabou en France, et c'est regrettable. L'article explique bien les choses... Je confirme qu'un gros travail auprés du personnel soignant est à faire ( et auprés des enfants ...) mais n'est-ce pas le regard de toute notre société qu'il faut changer ? Surtout à l'heure où toutes les affiches , magazines, télé, radio et autres affichent la soi-disant sexualité débridée des 15-40 ans !!! Mais essayez de parler de la sexualité des papis et mamies lors d'un repas et vous allez voir les réactions, c'est tout juste si vous n'allez entendre " beurk" !!
Pour poursuivre la réflexion et illustrer cette discussion , voici un petit livre sympathique écrit par un "papi" trés sympathique qui bouscule les idées reçues : " Les carnets d'un vieil amoureux" de Marcel Mathiot  (http://bibliobs.nouvelobs.com/20081030/8210/les-carnets-de-marcel-mathiot) ainsi qu'un film allemand ( ils sont beaucoup plus en avance que nous !!!) dont le titre est " 7ème ciel" : http://www.evene.fr/cinema/films/septieme-ciel-wolke-9-18483.php
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« Répondre #3 le: 21 Octobre 2009 14:17:04 »

A noter que nous avions un sujet en partiel commun de M2 (éthique et déonto) qui portait sur un sujet proche : la sexualité chez des personnes cataloguées pour handicap mental. Le psychologue de l'institution était scandalisé d'apprendre que les accueillis avaient des rapports sexuels et se sentaient en devoir de faire qqchose ? Que doit-il faire ?

Il me semble que cela correspond à un avis de la CNCDP.

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Pour illustrer que les psychologues sont eux-mêmes scandalisés d'apprendre que les sujets des institutions ont une vie sexuelle. Il y a du boulot. Balayons aussi devant notre porte : sommes-nous prêt à entendre que les sujets accueillis en institution ne sont pas des sujets de ces institutions ?
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"Quand Lacan fait de la cure, parce qu'elle change le rapport du sujet aux objets, à la jouissance, à l'autre et aux autres, une sortie du capitalisme, je ne crois pas qu'il s'agisse d'une formule pour les chiens..."
Marie-Jean Sauret, L'effet révolutionnaire du symptôme
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